Le respect mutuel, fondement de notre vivre-ensemble
La récente polémique suscitée par l’intonation du chant religieux musulman « Al-Badru » (la pleine lune) dansl’hémicycle interpelle tout citoyen attaché aux valeurs de respect, de tolérance et de coexistence pacifique qui constituent le socle de la nation sénégalaise.
Que certains puissent être gênés par l’expression paisible d’une sensibilité religieuse est leur droit le plus absolu. Cependant, transformer cette gêne personnelle en procès contre toute une communauté de croyants constitue une démarche préoccupante. Dans un État qui garantit la liberté de conscience et la liberté de culte, l’expression sereine d’une référence spirituelle ne saurait être assimilée à une menace contre la République.
Ce qui choque aujourd’hui n’est pas la divergence d’opinions. Le débat est légitime dans toute démocratie. Ce qui inquiète davantage, c’est le ton du mépris, de la condescendance et parfois de la provocation qui accompagne certaines réactions. Le respect ne peut être à sens unique. Les musulmans du Sénégal ont toujours respecté les convictions religieuses de leurs concitoyens et n’ont jamais considéré les manifestations pacifiques de la foi des autres comme une agression contre leur propre identité.
À ceux que dérange toute expression de l’islam dans l’espace public, nous rappelons les paroles du Très-Haut :
« Vous les aimez alors qu’ils ne vous aiment pas, et vous croyez en tous les Livres. Quand ils vous rencontrent, ils disent : “Nous croyons” ; et, une fois seule, ils se mordent les doigts de rage contre vous. Dis : “Mourez de votre rage !” Allah connaît parfaitement le contenu des poitrines. » (Sourate Âl ‘Imrân, verset 119).
Cette parole coranique ne constitue ni un appel à la haine ni une invitation à la confrontation. Elle exprime la sérénité du croyant face à ceux qui s’irritent de voir sa foi assumée et vécue dans la dignité. Elle rappelle que la rancœur de certains ne saurait altérer la vérité des convictions ni ébranler la détermination de ceux qui les portent.
Par ailleurs, il est permis de s’interroger : lorsque certains adressent leurs vœux aux musulmans à l’occasion de leurs fêtes religieuses tout en dénonçant, dans le même temps, la moindre manifestation de leur identité spirituelle, ces souhaits sont-ils réellement sincères ou relèvent-ils d’une simple posture de circonstance ? La question mérite d’être posée.
Le Sénégal n’a jamais été construit sur l’effacement des identités religieuses. Il s’est bâti sur leur coexistence harmonieuse. Cette harmonie n’exige pas que chacun adhère aux croyances de l’autre ; elle exige seulement que chacun respecte ce qu’il ne partage pas.
Notre vivre-ensemble est un héritage précieux légué par des générations de guides religieux, de sages et de citoyens qui ont compris que la diversité n’est pas une menace mais une richesse. Cet héritage est plus solide que la polémique passagère, plus forte que les discours de division et plus durable que les provocations médiatiques.
Ceux qui rêvent d’opposer les Sénégalais les uns aux autres se heurteront à cette réalité : la fraternité entre les fils et les filles de ce pays est plus ancienne, plus profonde et plus forte que toutes les tentatives de semer la discorde.
Les croyants continueront à vivre leur foi avec dignité. Ils continueront à respecter les autres. Et ils continueront à défendre leur droit légitime à être respectés en retour.
Assane LO , inspecteur de l’enseignement élémentaire