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LAT DIOR NGONÉ LATYR DIOP, MABA DIAKHOU BÂ ET LONGHOR MBAYE …Le Mbackol, carrefour maraboutique du Kajoor au XIXe siècle

Par Khadim Sylla diplômé de Sociologie des migrations et des Altérites et en politiques publiques Université de Nice Sophia Antipolis et EHESS Paris.

Je voulais apporter quelques précisions sur le passage du Damel-Teigne Lat Dior Diop et de l’Almamy Maba Diakhou Bâ à Longhor Mbaye. Les deux illustres personnages ont séjourné à Longhor, mais à des périodes différentes. Maba Diakhou est de la génération de la Linguère Ngoné Latyr Fall, la mère de Lat Dior. Il est né en 1809, et Lat Dior est né en 1842.

1. Le Mbackol, une des universités du Kajoor

Longhor, comme plusieurs villages du Mbackol, ancienne province du Kajoor et enclave musulmane, était très célèbre pour le dynamisme de ses enseignements coraniques et islamiques de haute facture. Les anciens disaient « Wéedi nga Mbackol » pour dire qu’il fallait passer par le Mbackol pour valider son niveau d’érudition.

De Lat Dior à Maba Diakhou Bâ, en passant par Mame Ahmadou Bamba Sall, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, Seydina Hadji Malick Sy, entre autres Mame Ayib Diop, aïeul de Mame Matar Ndoumbé, tous sont passés par les centres d’enseignement du Mbackol. Les relations entre Maba Diakhou et Lat Dior prennent naissance dans le Mbackol, plus précisément à Longhor Mbaye, leur point d’ancrage.

2. Les humanités religieuses des Garmi

Il est communément admis que Lat Dior Ngoné Latyr fit ses humanités religieuses à Longhor Mbaye. Il était de coutume, dans nos anciens régimes, que les Garmi, plus particulièrement au Kajoor, reçoivent une éducation religieuse. Cette pratique date des conversions à l’islam des rois médiévaux du Tekrour, du Silla et du Ghana.

Au-delà de l’aspect scolastique, le séjour des princes dans les vieux centres maraboutiques servait aussi de préparation mystique, dont les marabouts détenaient les secrets. Ces protections étaient entretenues et transmises comme un savoir ésotérique. Nous pouvons citer le Daku Ndame des Lô, le Khapp des Kébé, le Kunuk Ndiaré des Ndiaye, le Siinuk Tobbi Diop, le Thiëwri des Sylla de Thilla Dramane et de Ndop Gadiaga, etc.

3. Les Mbaye de Longhor, une vieille famille de lettrés du Kajoor

Les Mbaye de Longhor furent très célèbres pour leurs prières et leur savoir mystique. La tradition orale relate que le Serigne Longhor contemporain de Lat Dior fut Mor Sokhna Fall Syll Mbaye, dont le savoir était loué par ses pairs. Maba Diakhou fut l’un de ses illustres élèves. Son frère, Serigne Babacar Anta Laye Mbaye, était le maître coranique de Lat Dior, dont la grand-mère paternelle, Sokhna Mbaye Géej-ba, était parente des Mbaye de Longhor.

Cette famille détenait au Kajoor et au Baol les charges de Bajj Ndenèer et de Fara Kaba.

4. La question de la Ndayu Daara

Certains récits font de la Linguère Ngoné Latyr Fall la « Ndayu Daara » de Maba, ce qui est une erreur d’interprétation. Pour être Ndayu Daara, « mère des talibès » au XIXe, il faut être l’épouse, la mère ou la sœur du Sëriñ Daara et habiter dans le Daara. La Linguère était une protectrice, une bienfaitrice.

Elle joua un rôle important lorsque Maba Diakhou tua, en défendant les champs de son Sëriñ Daara, un berger. Il devait payer une Diya et la Linguère y participa, permettant à Maba de continuer son séjour à Longhor.

Mor Sokhna Fall Syll Mbaye fut l’époux de Coumba Daro Ndoumbé Dieng Sylla Syne-ba, sœur germaine de Libasse Mapathé Ndoumbé Dieng Sylla. Coumba Daro Sylla fut la Ndayi Daara de Maba Diakhou Bâ.

Libasse Mapathé Ndoumbé Dieng Sylla est l’aïeul de Sokhna Momy Mbacké, Sokhna Maïmouna Mbacké (Badiene Maï), et de S. Abdou Samad, fils de Cheikh Ahmadou Bamba. Il faisait partie des marabouts proches de Lat Dior et participa au mouvement de Maba Diakhou dans le Saloum.

  1. Le réseau maraboutique autour de Lat Dior

Un réseau s’était constitué autour de Lat Dior : son oncle Mame Khali Madiakhaté Kalla, Mame Mor Anta Saly Mbacké, Libasse Mapathé Ndoumbé Dieng, Mame Massogui Sylla, Mame Makhoudia Fafall Sylla Diakhaté (grand-père de S. Mountakha Mbacké), Mame Mandoumbé Mbar Syll de Taïba, Momar Mame Dieye Diakhaté Diop de Deukheulé, Bouya Madjiguène Tall Dieng de Mouslathié, etc.

  1. La dépouille de Lat Dior Ngoné Latyr Fall Diop Dékheulé ou Mouslathie ?

Ce même réseau s’occupera de la dépouille de Lat Dior au soir de Deukheulé. Parmi ces illustres personnages, Khali Madiakhaté Kalla et Momar Mame Dieye Diakhaté Diop Géej-ba se chargèrent de son ensevelissement.

L’acte le plus important est que la dépouille de Lat Dior a été recueillie par Farba Demba War Sall Dior Mbaye Ndéné et donnée à ses proches : « Ca Gilemuk, Mame Libasse Mapathé Sylla mla ñu ko sëff », en présence de Momar Mame Dieye Diakhaté Diop, de son oncle Khali Madiakhaté Kalla, de Mame Bouya Bineta Diakhaté Dieng, de Bouya Madjiguène Tall Dieng, de Serigne Taïba Mas Sylla et de Serigne Ndatou Balla Dieng.

Certaines sources disent qu’il fut enterré à Dékheulé, d’autres à Mouslathié Dieng. Le secret est bien gardé et le pacte des anciens ne doit pas être rompu.

BIBLIOGRAPHIE

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